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Ces poèmes que vous avez adorés.
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cock-a-doodle-do


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Inscrit le: 26 Fév 2009
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Localisation: salle 17
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Classe: hypokhâgne A/L

MessagePosté le: Dim 3 Mai - 22:02 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

El Desdichado

Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.


Un grand classique de Nerval dont je ne me lasse pas !
_________________
Hk A/L (interne) à LLG

" La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles" Flaubert, Madame Bovary


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MessagePosté le: Dim 3 Mai - 22:02 (2009)    Sujet du message: Publicité

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T-d-M


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Inscrit le: 09 Juin 2008
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MessagePosté le: Dim 3 Mai - 23:46 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

El Desdichado : classique ! (Un des seuls poèmes que je connais entièrement par coeur...)

Sinon, plus moderne et moins conventionnel :

Préface en prose, de Benjamin Fondane

C'est à vous que je parle, hommes des antipodes,
je parle d'homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de l'homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance !
L'hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage-
il reste peu d'intelligibles !

Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort
aura parachevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d'orties sous vos pieds,
- alors, eh bien, sachez que j'avais un visage
comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

Quand une poussière entrait, ou bien un songe,
dans l'oeil, cet oeil pleurait un peu de sel. Et quand
une épine mauvaise égratignait ma peau,
il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre !
Certes, tout comme vous j'étais cruel, j'avais
soif de tendresse, de puissance,
d'or, de plaisir et de douleur.
Tout comme vous j'étais méchant et angoissé
solide dans la paix, ivre dans la victoire,
et titubant, hagard, à l'heure de l'échec !

Oui, j'ai été un homme comme les autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,
j'ai aimé, j'ai pleuré, j'ai haï, j'ai souffert,
j'ai acheté des fleurs et je n'ai pas toujours
payé mon terme. Le dimanche j'allais à la campagne
pêcher, sous l'oeil de Dieu, des poissons irréels,
je me baignais dans la rivière
qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites
le soir. Après, après, je rentrais me coucher
fatigué, le coeur las et plein de solitude,
plein de pitié pour moi,
plein de pitié pour l'homme,
cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme
cette paix impossible que nous avions perdue
naguère, dans un grand verger où fleurissait
au centre, l'arbre de la vie...

J'ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,
et je n'ai rien compris au monde
et je n'ai rien compris à l'homme,
bien qu'il me soit souvent arrivé d'affirmer
le contraire.
Et quand la mort, la mort est venue, peut-être
ai-je prétendu savoir ce qu'elle était mais vrai,
je puis vous le dire à cette heure,
elle est entrée toute en mes yeux étonnés,
étonnés de si peu comprendre
avez-vous mieux compris que moi ?

Et pourtant, non !
je n'étais pas un homme comme vous.
Vous n'êtes pas nés sur les routes,
personne n'a jeté à l'égout vos petits
comme des chats encor sans yeux,
vous n'avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n'avez pas connu les désastres à l'aube,
les wagons de bestiaux
et le sanglot amer de 1'humiliation,
accusés d'un délit que vous n'avez pas fait,
d'un meurtre dont il manque encore le cadavre,
changeant de nom et de visage,
pour ne pas emporter un nom qu'on a hué
un visage qui avait servi à tout le monde
de crachoir !

Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne demande
rien! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n'est
qu'un cri, qu'on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir ?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d'orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous sera périmée,
souvenez-vous seulement que j'étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,
j'avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,

un visage d'homme, tout simplement !

(L'Exode, 1942)
_________________
ex HK à Victor Hugo
L3 à Paris III en Lettres Modernes et Cinéma


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Ewie


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MessagePosté le: Lun 4 Mai - 20:53 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Ahhh Fondane!!! Merci T-d-M! C'était le texte de l'évaluation de français en début de seconde puis un peu plus tard,celui de mon premier commentaire...souvenirs,souvenirs (soupir nostalgique). Très beau texte....
_________________
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Zorba


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MessagePosté le: Mer 6 Mai - 20:16 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Difficile de faire un choix ... mais parmi les poèmes que je pense être moins connus dans mon anthologie, je propose Les Cinq Grandes Odes de Paul Claudel

Je vous donnc un extrait d'une des Odes, "La Muse qui est la Grâce" :

Encore! encore la mer qui revient me rechercher comme une 
barque , 
La mer encore qui retourne vers moi à la marée de syzygie et qui 
me lève et remue de mon ber comme une galère allégée , 
Comme une barque qui ne tient plus qu’à sa corde, et qui danse 
furieusement, et qui tape, et qui saque, et qui fonce, et qui 
encense, et qui culbute, le nez à son piquet , 
Comme le grand pur sang que l’on tient aux naseaux et qui tangue 
sous le poids de l’amazone qui bondit sur lui de côté et qui saisit 
brutalement les rênes avec un rire éclatant ! 
Encore la nuit qui revient me rechercher , 
Comme la mer qui atteint sa plénitude en silence à cette heure qui 
joint à l’Océan les ports humains pleins de navires attendants et 
qui décolle la porte et le batardeau ! 
Encore le départ, encore la communication établie, encore la 
porte qui s’ouvre ! 
Ah, je suis las de ce personnage que je fais entre les hommes! 
Voici la nuit! Encore la fenêtre qui s’ouvre ! 
Et je suis comme la jeune fille à la fênetre du beau château blanc, 
dans le clair de lune , 
Qui entend, le coeur bondissant, ce bienheureux sifflement sous 
les arbres et le bruit de deux chevaux qui s’agitent , 
E elle ne regrette point la maison, mais elle est comme un petit 
tigre qui se ramasse, et tout son coeur est soulevé par l’amour de 
la vie et par la grande force cosmique ! 
Hors de moi la nuit, et en moi la fusée de la force nocturne, et le 
vin de la Gloire, et le mal de ce coeur trop plein ! 
Si le vigneron n’entre pas impunément dans la cuve , 
Croirez-vous que je sois puissant à fouler ma grande vendange de 
paroles , 
Sans que les fumées m’en montent au cerveau ! 
Ah, ce soir est à moi! ah, cette grande nuit est à moi! tout le 
gouffre de la nuit comme la salle illuminée pour la jeune fille à son 
premier bal ! 
Elle ne fait que de commencer! il sera temps de dormir un autre 
jour ! 
Ah, je suis ivre! ah, je suis livré au dieu! j’entends une voix en moi 
et la mesure qui s’accélère, le mouvement de la joie , 
L’ébranlement de la cohorte Olympique, la marche divinement 
tempérée ! 
Que m’importent tous les hommes à présent! Ce n’est pas pour 
eux que je suis fait, mais pour le 
Transport de cette mesure sacrée ! 
O le cri de la trompette bouchée! ô le coup sourd sur la tonne 
orgiaque ! 
Que m’importe aucun d’eux? Ce rythme seul! Qu’ils me suivent ou 
non? Que m’importe qu’ils m’entendent ou pas ? 
Voici le dépliement de la grande Aile poétique ! 
Que me parlez-vous de la musique? laissez-moi seulement mettre 
mes sandales d’or ! 
Je n’ai pas besoin de tout cet attirail qu’il lui faut. Je ne demande 
pas que vous bouchiez les yeux . 
Les mots que j’emploie , 
Ce sont les mots de tous les jours, et ce ne sont point les mêmes ! 
Vous ne trouverez point de rimes dans mes vers ni aucun 
sortilège. Ce sont vos phrases mêmes. Pas aucune de vos phrases 
que je ne sache reprendre ! 
Ces fleurs sont vos fleurs et vous dites que vous ne les 
reconnaissez pas . 
Et ces pieds sont vos pieds, mais voici que je marche sur la mer et 
que je foule les eaux de la mer en triomphe! 


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Daenerys


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Localisation: 42/78
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MessagePosté le: Ven 8 Mai - 11:00 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Certains qui me bousillent l'âme.


 
 
Je dors, mais mon coeur veille; il est toujours à toi,     
 
Un songe aux ailes d'or te descend près de moi.     
 
Ton coeur bat sur le mien. Sous ma main chatouilleuse     
 
Tressaille et s'arrondit ta peau volupteuse.     
 
Des transports ennemis de la paix du sommeil     
 
M'agitent tout à coup en un soudain réveil;     
 
Et seul, je trouve alors que ma bouche enflammée     
 
Crut, baisant l'oreiller, baiser ta bouche aimée;     
 
Et que mes bras, en songe allant te caresser,     
 
Ne pressaient que la plume en croyant te presser.     
 
     
 
Et dormant ou veillant, moi je rêve toujours.     
 
      
 
Le doux sommeil habite où sourit la fortune.     
 
Pareil aux faux amis, le malheur l'importune.     
 
Il vole se poser, loin des cris de douleurs,     
 
Sur des yeux que jamais n'ont altérés les pleurs.     
 
Perfide; mais pourtant chère quoique perfide.     
 
     
 
Et ton coeur m'aimera, si ton coeur peut aimer.     
 
André Chénier 
 

 
 

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,       

L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins       

La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles    

Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.    
    
  A. Rimbaud 

 
 
Il pleure dans mon coeur  

Comme il pleut sur la ville  

Quelle est cette langueur  

Qui pénètre mon coeur?  
  
  O bruit doux de la pluie  

Par terre et sur les toits!  

Pour un coeur qui s'ennuie,  
  
O le chant de la pluie!  
   
  Il pleure sans raison  

Dans ce coeur qui s'écoeure,  

Quoi! Nulle trahison?  
  
Ce deuil est sans raison.  
    

C'est bien la pire peine  

De ne savoir pourquoi, 

Sans amour et sans haine,  
Mon cœur a tant de peine.  
  
Paul Verlaine. (1874)  
 

 
Une Charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux:

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague

Ou s'élançait en pétillant

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.


Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,

Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique

Agite et tourne dans son van.


Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,

Une ébauche lente à venir

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève

Seulement par le souvenir.


Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d'un oeil fâché,

Epiant le moment de reprendre au squelette

Le morceau qu'elle avait lâché.


- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

A cette horrible infection,

Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion!


Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Apres les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.


Alors, ô ma beauté! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés!

Charles Baudelaire.
 

  
 
 

_________________
Le devoir d'un homme seul est d'être encore plus seul. Croire à la philosophie est signe de bonne santé. Ce qui ne l'est pas c'est se mettre à penser. La limite de chaque douleur est une douleur plus grande. Cioran


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Sibyl.Vane


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MessagePosté le: Sam 23 Mai - 11:57 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

[...]

Dernière édition par Sibyl.Vane le Ven 12 Mar - 00:24 (2010); édité 1 fois
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La2


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MessagePosté le: Lun 25 Mai - 00:13 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

J'ai découvert Rimbaud grâce à ce poème.


Le dormeur du val


C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil de la montagne fière,
Luit; C'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit.

Arthur Rimbaud                                                                     Le Bateau ivre




Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs, et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
— Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
— Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


Les colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne


Guillaume Apollinaire
_________________
Le petit chat est mort.


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Polo


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 00:29 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu

Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si, si, si je savais
Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a aussi
Tout ce que je connais
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères

Et les baisers de celle
Que ceci, que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus, faut bien
Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures

La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur

Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir
  Àvoir et à entendre
Tant de temps à attendre
 À chercher dans le noir

 
 
Et moi, je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non, monsieur; non, madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort... 
 
Boris Vian 

_________________
"Cooper, you remind me today of a small Mexican Chihuaha."


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La2


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 00:52 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Okay super 
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ERRare


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 01:12 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Mais quel est le titre. ouais il est cool et j'avais jamais lu de poésie de boris vian avant! Embarassed
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Polo


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 01:13 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

ERRare a écrit:
Mais quel est le titre.

Je voudrais pas crever avant de, tout simplement.
_________________
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Morgane


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 17:24 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Mis en musique c'est encore plus cool!
Ils font un truc sur Vian à Paris en ce moment (mais c'est cher)
http://www.sallepleyel.fr/francais/programme/detail_representation.asp?id_r…
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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 18:38 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

J'adoooore la poésie de Vian !
(c'était le message inutile du jour, bonjour)
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Polo


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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 19:44 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

Allez, pour le plaisir : http://www.deezer.com/track/27929  Laughing
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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 19:56 (2009)    Sujet du message: Ces poèmes que vous avez adorés. Répondre en citant

http://www.deezer.com/track/3065821 Embarassed

Ou plus fun : http://www.deezer.com/track/137044
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